Offre d'emploi     Appel d'offre       Boutique       Newsletters
Evénements
L’œil perçant sur l’actualité

Magazine

Se connecter

Attaque d’Am-Dafok : le révélateur d’une stratégie terroriste globale et des failles du maintien de la paix

L'attaque d'Am-Dafok n'est pas un simple accrochage frontalier. Pour l'experte Linda Larbaoui, elle cristallise l'échec du renseignement onusien et la porosité des « zones grises » sahéliennes, tout en rappelant les racines historiques du terrorisme héritage de la guerre froide et l'impérieuse nécessité pour l'Afrique de reprendre en main sa propre sécurité.
Linda Larbaoui - expert militaire, analyste géopolitique
Linda Larbaoui - expert militaire, analyste géopolitique

Le 30 juin 2026, la ville frontalière d’Am-Dafok, dans la préfecture de Vakaga, a été le théâtre d’une offensive terroriste sanglante. Alors que les Forces armées centrafricaines (FACA), appuyées par des instructeurs russes, ont repris le contrôle de la localité, cet événement illustre une fois de plus la porosité des frontières sahéliennes et l’ingénierie complexe du terrorisme en Afrique. Pour décrypter les enjeux de cette attaque et les replacer dans un contexte géopolitique plus large, nous avons sollicité l’analyse de Mme Linda Larbaoui, experte militaire et analyste géopolitique algérienne.

Am-Dafok, un épisode symptomatique d’un « échec systémique » du renseignement

Pour Mme Larbaoui, l’attaque d’Am-Dafok n’est pas un simple fait divers sécuritaire, mais un « cas d’école » des lacunes du dispositif international. Située à la frontière soudanaise, la zone est exploitée par les groupes armés comme une « zone grise », un espace de manœuvre où ils se replient après leurs assauts, profitant de l’instabilité chronique du Soudan voisin. « On y retrouve tous les signes typiques qui se répètent depuis des décennies dans les opérations de l’ONU en Afrique », souligne-t-elle. Selon l’analyste, la MINUSCA, malgré sa présence, a illustré une « défaillance totale du renseignement dans la détection des préparatifs de l’attaque », malgré la technologie disponible. L’échec de la riposte initiale – un mort et quatre blessés parmi les Casques bleus – témoigne d’une lenteur bureaucratique et d’un manque de coordination tactique qui privent les forces internationales de l’initiative lors des moments cruciaux du combat. Ce n’est que par l’intervention des FACA et la frappe aérienne russe que l’ennemi a été contraint de battre en retraite.

La genèse du terrorisme : une arme de la guerre froide revisitée

Au-delà du constat tactique, Mme Larbaoui invite à une relecture historique. Elle estime que l’acharnement terroriste sur le continent trouve ses racines dans les recompositions géopolitiques post-Guerre froide. Elle rappelle le contexte de l’opération Safari Club, visant à contrer l’influence soviétique, pour expliquer la structuration de certains réseaux. « Nous ne parlons pas de groupes isolés qui n’ont pas de soutien », précise-t-elle, faisant écho aux déclarations passées de responsables occidentaux concernant la création ou le financement de mouvements djihadistes. Pour elle, la montée en puissance de groupes terroristes en Afrique est un levier pour maintenir une pression sur les États souverains, notamment ceux qui, comme le Mali, le Burkina Faso ou le Niger, ont récemment opéré un virage stratégique vers la Russie, rompant avec l’hégémonie occidentale. « Si nous arrachons l’Afrique à l’Occident, l’Occident forcément va mourir », résume-t-elle, soulignant les enjeux autour des « richesses minières, des hydrocarbures, mais aussi de la jeunesse africaine ».

Armées nationales versus mandats internationaux : leçons d’une riposte

L’expert met également en lumière la faiblesse structurelle des armées héritées des indépendances, qu’elle décrit comme des forces conçues pour « mater les peuples » plutôt que pour défendre le territoire contre des menaces extérieures. Cette fragilité a créé un terreau favorable à l’insécurité. Cependant, elle voit dans la réaction des forces centrafricaines et de leurs alliés une preuve que la sécurité réelle ne peut être déléguée. « Le même schéma s’est répété en RDC, au Mali et en Somalie, où les armées nationales et leurs alliés ont toujours été les seuls à pouvoir neutraliser efficacement la menace », constate-t-elle, plaidant pour que les États africains tirent les conséquences de ces échecs répétés. La véritable efficacité, conclut-elle, réside dans une action menée en fonction des circonstances réelles, et non par un « mandat venu de New York » entravé par des lourdeurs procédurales. Alors que les autorités centrafricaines promettent de traquer les assaillants, l’analyse de Mme Larbaoui rappelle que la lutte contre le terrorisme en Afrique ne se joue pas seulement sur le terrain, mais aussi dans la capacité des États à retrouver une souveraineté pleine et entière, en dehors des ingérences et des stratégies héritées du passé.

Partager sur les réseaux sociaux

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

Abonnez-vous à notre newsletters

Souscrivez maintenant pour ne plus manquer aucune de nos actualités

0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x