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Qui est Djiba Diakité, l’homme de l’ombre qui orchestre le mégaprojet Simandou

Il ne fait jamais la une. Pourtant, c’est lui qui tient la plume stratégique du président Mamadi Doumbouya. Entre le palais de Conakry et les sites miniers du sud-est guinéen, un ingénieur passé par la finance parisienne pilote l’un des projets les plus ambitieux du continent. Portrait d’un technocrate devenu incontournable.
Djiba Diakité, Ministre directeur de cabinet de la présidence de Guinée et président du Comité stratégique de Simandou,

Vêtu d’un boubou blanc aux bordures raffinées, Djiba Diakité affiche une élégance sobre, rehaussée par ses lunettes rondes, sa barbe soigneusement entretenue et son sourire franc. Son regard posé et son allure soignée donnent à son portrait une impression de sérénité et d’assurance. Mais au-delà de cette image avenante, c’est surtout son parcours et la confiance que lui témoigne Mamadi Doumbouya qui retiennent l’attention. Ministre directeur de cabinet de la présidence et président du Comité stratégique de Simandou, il occupe une place de premier plan dans le suivi de l’un des projets économiques les plus ambitieux de la Guinée. Ingénieur de formation passé par les marchés financiers parisiens, il incarne cette nouvelle génération de technocrates guinéens appelés aux plus hautes responsabilités.

Un parcours atypique au service de l’État

Né à Conakry et originaire de Mandiana, en Haute-Guinée, Djiba Diakité suit d’abord une formation scientifique au lycée Aviation de Matoto, où il obtient son baccalauréat en sciences mathématiques en 2001. Il poursuit ensuite ses études en France et décroche en 2009 un master en sciences, technologies et santé, spécialisé en télécommunications et systèmes microélectroniques. Son parcours professionnel le conduit vers les sphères les plus pointues de la recherche et de la finance internationale. Il passe par le CNRS, STMicroelectronics, puis Société Générale Corporate & Investment Banking. Un profil rare dans l’appareil d’État guinéen. Le décret de nomination du 8 octobre 2021 le présente comme un ingénieur travaillant sur les marchés financiers à Paris avant son retour au pays. Quelques semaines seulement après le renversement d’Alpha Condé par le CNRD, le 5 septembre 2021, Djiba Diakité est appelé à la présidence. Les circonstances exactes de sa rencontre avec Mamadi Doumbouya restent floues. Une chose est certaine cependant. Depuis lors, la confiance présidentielle ne s’est jamais démentie.

Une double casquette stratégique

Le directeur de cabinet présidentiel occupe une position transversale dans l’organisation du pouvoir guinéen. Coordination des dossiers, suivi des projets, circulation de l’information entre les services. Sa fonction le place au contact direct des arbitrages les plus sensibles. Mais c’est une seconde responsabilité qui donne à Djiba Diakité sa véritable dimension stratégique.Le 30 mai 2024, lors d’un Conseil des ministres, Mamadi Doumbouya instruit son directeur de cabinet de piloter l’élaboration d’un plan de développement sur quinze ans, adossé au potentiel du projet intégré mines-infrastructures de Simandou. Cette instruction marque la naissance du programme Simandou 2040, une feuille de route qui dépasse largement le seul secteur extractif.Cette double position explique la place singulière qu’il occupe dans le dispositif de Mamadi Doumbouya, soulignent les observateurs. D’un côté, il dirige le cabinet présidentiel. De l’autre, il préside le Comité stratégique chargé de coordonner l’un des projets miniers les plus importants au monde.

Simandou, les chiffres d’un chantier hors norme

Le projet Simandou, c’est d’abord une démesure. Quatre blocs de minerai de fer dans le sud-est de la Guinée, plus de 600 kilomètres de voies ferroviaires nouvelles, des installations portuaires ultramodernes à Morébaya. À terme, l’ensemble doit permettre l’exportation d’une capacité combinée pouvant atteindre 120 millions de tonnes de minerai de fer par an pour les deux ensembles miniers, SimFer et Winning Consortium Simandou. Le 11 novembre 2025, la Guinée et ses partenaires industriels ont officiellement lancé les opérations d’exploitation. Rio Tinto a confirmé le début du transport du minerai depuis les sites miniers vers le port par le chemin de fer transguinéen. Une étape majeure après des années de travaux. Mais le chemin de fer ne servira pas qu’aux minerais. Le ministère guinéen du Budget évoque un réseau de plus de 650 kilomètres conçus pour transporter également passagers et marchandises. Une colonne vertébrale logistique appelée à transformer durablement l’économie nationale.

Simandou 2040, de la mine à la transformation économique

Le lancement de l’exploitation minière ne constitue qu’une première étape. Le programme Simandou 2040 vise à inscrire les retombées du projet dans une stratégie de développement de quinze ans, couvrant plusieurs secteurs de l’économie. Selon le site officiel du programme, cette feuille de route repose sur 122 mégaprojets, 36 réformes structurelles et 14 secteurs prioritaires, pour un investissement global annoncé de 200 milliards de dollars à l’horizon 2040. Le plan est organisé en trois phases. La première, de 2025 à 2030, porte sur les fondations et les infrastructures. La deuxième, de 2030 à 2035, est tournée vers la diversification et la transformation industrielle. La troisième, de 2035 à 2040, vise la consolidation économique et l’intégration régionale. Pour la première phase, les investissements prévisionnels sont évalués à 65 milliards de dollars, dont 20 milliards consacrés au mégaprojet intégré Simandou. Ces montants correspondent à des besoins de financement et à des ambitions programmatiques. Ils ne représentent pas des sommes déjà entièrement mobilisées. C’est dans cette architecture que s’inscrit le travail du Comité stratégique présidé par Djiba Diakité. Sa mission consiste à contribuer à la cohérence des projets, au suivi des réformes et à la coordination des parties prenantes. Le défi est de faire en sorte que l’infrastructure minière entraîne des transformations dans des domaines qui touchent directement la population. Transport, agriculture, industrie, éducation, santé et accès au financement figurent parmi les priorités.

Fonds souverain, contenu local et formation, les autres leviers

Le pilotage stratégique de Simandou ne se limite pas aux infrastructures. Le 7 mai 2025, Djiba Diakité préside un séminaire de haut niveau consacré à la création d’un fonds souverain guinéen. La rencontre réunit des responsables publics et des acteurs économiques, dont Lionel Zinsou, ancien Premier ministre béninois et associé-gérant de SouthBridge. L’objectif est d’examiner les mécanismes financiers susceptibles de soutenir les investissements de long terme et la mise en œuvre de Simandou 2040. Autre enjeu majeur, le contenu local. Les autorités affirment vouloir favoriser l’emploi des Guinéens, le développement des entreprises nationales et le transfert de technologies. Le lancement de Simandou Academy, en décembre 2025, s’inscrit dans cette logique, avec un objectif de formation de 10 000 jeunes Guinéens aux métiers de l’industrie minière et de la logistique.

dL’homme de l’ombre face à l’histoire économique guinéenne

Le parcours de Djiba Diakité illustre la place croissante de profils technocratiques dans l’organisation du pouvoir guinéen. Formé aux sciences, passé par les milieux professionnels européens, il a été appelé à exercer une fonction politique centrale avant de se voir confier une responsabilité majeure dans la stratégie économique du pays. La confiance que lui accorde Mamadi Doumbouya, matérialisée par son maintien à la direction du cabinet présidentiel et par la présidence du Comité stratégique de Simandou, fait de lui un homme clé au cœur du dispositif présidentiel. Mais l’histoire ne retiendra pas uniquement la place qu’il aura occupée dans l’appareil d’État. Elle retiendra aussi, et surtout, les résultats auxquels son action aura contribué. La réalisation des infrastructures, la diversification de l’économie, le développement des compétences nationales et l’amélioration des conditions de vie en font partie. Simandou a franchi une étape décisive avec le lancement officiel de l’exploitation en novembre 2025. Simandou 2040 porte désormais une ambition beaucoup plus vaste, chiffrée à 200 milliards de dollars d’investissements programmés sur quinze ans. Entre ces deux réalités, un défi demeure. Transformer le potentiel minier en prospérité partagée. Pour Djiba Diakité, l’enjeu est désormais de contribuer à faire de la confiance présidentielle un levier de résultats concrets. C’est à l’aune de cette transformation, et non de sa seule proximité avec Mamadi Doumbouya, que se mesurera durablement son empreinte dans l’histoire politique et économique de la Guinée.

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