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Aly Koïta, du cœur des quais au sommet du port de Conakry, l’heure des grands défis

De la sûreté portuaire aux grandes décisions stratégiques, le directeur général du Port autonome de Conakry a gravi les échelons au cœur de l’institution. Nommé en mars 2026 par le président Mamadi Doumbouya, il hérite d’un port confronté à une croissance soutenue du trafic, à des problèmes de congestion et à un impératif de modernisation. Sa participation au forum Canada–Afrique, du 7 au 9 octobre, témoigne de son ouverture internationale. Reste à transformer cette expérience et ces ambitions en performances durables.
Aly Koïta, Directeur General du port de Conakry

Dans son costume sombre finement rayé, sa chemise blanche et sa cravate bleue, Aly Koïta soigne son allure autant que sa présentation. Derrière ses lunettes discrètes, son regard posé et son sourire mesuré donnent à voir un homme à l’élégance classique, dont la silhouette tranche avec l’agitation des quais qu’il dirige désormais. Mais au-delà de l’apparence, c’est surtout son parcours qui retient l’attention. Dans la bataille économique que se livrent les grandes plateformes portuaires africaines, les conteneurs transportent bien plus que des marchandises. Ils pèsent sur les investissements, les échanges commerciaux et la compétitivité des économies. À Conakry, où le port joue un rôle central dans l’activité économique guinéenne, Aly Koïta se retrouve en première ligne. Des statistiques au contrôle des navires, de la sûreté portuaire à la coopération, puis de la direction générale adjointe à la direction générale, il a gravi les échelons au cœur de l’institution. Nommé le 6 mars 2026 par le président Mamadi Doumbouya, il doit désormais mettre cette connaissance du terrain au service d’un port confronté à une croissance soutenue du trafic, à des difficultés de congestion et à un impératif de modernisation. Car derrière l’élégance du dirigeant, le véritable défi se joue sur les quais, dans la fluidité des opérations et la capacité du port à tenir ses promesses économiques.

Un parcours de l’intérieur, des statistiques aux commandes

Aly Koïta n’est pas un inconnu dans les couloirs du port qu’il dirige aujourd’hui. Selon le média guinéen Le Précis 224, sa carrière débute au service des statistiques et du dépouillement. Il occupe ensuite plusieurs fonctions, notamment dans le contrôle général des navires et la coopération. Il prend par la suite la tête du service de la sûreté et de la sécurité portuaires, poste qu’il aurait occupé pendant six ans et demi. Il devient ensuite directeur de la coopération, puis directeur général adjoint avant d’accéder à la direction générale. Cette progression lui a permis de côtoyer plusieurs facettes de l’activité portuaire, de la collecte des données au contrôle des navires, en passant par la sécurité des installations et les relations avec les partenaires. Une expérience qui peut faciliter la compréhension des contraintes opérationnelles et les arbitrages entre les différents acteurs de la plateforme. Le même média lui attribue une certification en sûreté et sécurité portuaires liée au Code international pour la sûreté des navires et des installations portuaires, connu sous le sigle ISPS. En revanche.

La confiance de Mamadi Doumbouya, un mandat sous pression

La nomination d’Aly Koïta intervient alors que le Port autonome de Conakry doit absorber une hausse importante de son activité. Selon les chiffres relayés par la presse guinéenne, le terminal à conteneurs a traité environ 306 243 EVP en 2023, contre 416 892 en 2025, soit une progression d’environ 36 % en deux ans. L’EVP, ou équivalent vingt pieds, est l’unité de mesure utilisée pour comptabiliser le trafic de conteneurs. Cette croissance témoigne du poids économique du port, mais révèle aussi la pression exercée sur les quais, les espaces de stockage et les circuits d’évacuation des marchandises. Lorsque les capacités d’accueil et les procédures ne suivent pas le rythme du trafic, les navires attendent davantage, les conteneurs s’accumulent et les coûts logistiques augmentent. La croissance devient alors un défi autant qu’une opportunité. C’est dans ce contexte que le nouveau directeur général doit inscrire son action. Sa mission consiste à accompagner l’augmentation des volumes tout en améliorant la fluidité des opérations, la sécurité et la qualité des services. La confiance présidentielle lui ouvre les portes de la direction. La performance du port déterminera la portée de son mandat.

Congestion, le premier combat de la nouvelle direction

En 2026, la congestion s’est imposée parmi les préoccupations majeures du Port autonome de Conakry. Le 9 avril, le ministère guinéen des Transports a annoncé la levée de cette congestion à l’issue d’une concertation entre les principaux acteurs de la plateforme. Parmi les mesures évoquées figurait le maintien des opérations en continu, 24 heures sur 24. Cette annonce marque une étape dans les efforts visant à rétablir la fluidité du trafic. En juin, Aly Koïta s’est également exprimé sur les difficultés liées à l’enlèvement des conteneurs et aux surestaries, mettant notamment en cause les retards de certains opérateurs économiques dans la récupération de leurs marchandises. Le problème dépasse cependant la seule diligence des importateurs. Un conteneur immobilisé trop longtemps occupe un espace qui pourrait accueillir d’autres marchandises. Pour éviter que l’engorgement ne se reproduise, il faut donc agir sur l’ensemble de la chaîne, depuis les procédures de contrôle jusqu’au transport des marchandises hors de l’enceinte portuaire. L’enjeu est désormais de pérenniser les mesures engagées, d’améliorer la coordination entre les acteurs et de réduire les délais de traitement. C’est sur cette capacité à transformer des réponses ponctuelles en solutions durables que sera jugée l’efficacité de la nouvelle direction.

Le quai 14, agrandir pour mieux respirer

La fluidité du trafic dépend aussi des capacités physiques du port. Le 27 mars 2026, le Port autonome de Conakry a annoncé le lancement des travaux de construction du quai 14. Selon les informations communiquées par l’institution, le projet prévoit un quai de 300 mètres, avec une perspective d’extension à plus de 500 mètres. L’objectif annoncé est d’accroître les capacités d’accueil des navires, de réduire les délais d’attente et de renforcer la compétitivité de la plateforme. Ce chantier s’inscrit dans un contexte où l’augmentation du trafic impose de nouvelles capacités d’accueil. Mais son effet réel dépendra de l’avancement des travaux, de leur mise en service et de leur articulation avec les autres maillons de la chaîne logistique. La modernisation ne se résume pas à construire davantage. Elle suppose aussi de mieux organiser les opérations et l’évacuation des marchandises.

Un classement international qui rappelle l’ampleur du chantier

Les difficultés du port apparaissent également dans les évaluations internationales. Selon les informations relayées par la presse guinéenne en juin 2026, le Port autonome de Conakry figure à la 399e place sur 400 dans l’édition 2025 du Container Port Performance Index, élaboré par la Banque mondiale et S&P Global Market Intelligence. Cet indice évalue notamment la performance des opérations portuaires à partir des mouvements des navires et de leur temps passé au port. Le classement rappelle qu’une hausse du trafic ne garantit pas, à elle seule, une amélioration de la compétitivité. Aly Koïta a expliqué que cette contre-performance devait être replacée dans le contexte de la congestion enregistrée en 2025. Il a également indiqué que le volume de trafic initialement projeté pour 2030 avait été atteint dès 2025. Ces éléments donnent une indication de la pression exercée sur les installations, sans suffire à expliquer l’ensemble des facteurs ayant pesé sur le classement. Le redressement devra désormais se vérifier dans les chiffres. La réduction des temps d’attente, l’accélération du traitement des navires et une meilleure gestion des conteneurs seront déterminantes pour mesurer les progrès accomplis.

Canada–Afrique, inscrire Conakry dans la conversation maritime internationale

Du 7 au 9 octobre 2026, Aly Koïta a participé au forum Canada–Afrique consacré au thème « Le port africain de demain, intelligent, durable, multimodal et inclusif ». Présidé par Yaye Peukassa, président-directeur général de Pont-Bridge Canada et président du Forum CAPBLEU 2025, ce rendez-vous a réuni plusieurs responsables du secteur portuaire et maritime africain. Parmi eux figuraient Abdoul Hamid Sy, président du conseil d’administration du Port de Dakar, Cyrus NGO’O, directeur général du Port de Douala, et Lady Flore Itoua, directrice commerciale du Port autonome de Pointe-Noire.

La délégation guinéenne comptait également Mamoudou Keita, conseiller chargé des questions de transport terrestre et maritime, ainsi que Daouda Conté, directeur général de la Société navale de Guinée. Les échanges ont aussi associé Guillaum W. Dubreuil, directeur des affaires extérieures et des relations gouvernementales de Canada Steamship Lines. Les discussions s’inscrivaient dans une réflexion plus large sur l’avenir des infrastructures portuaires africaines. Numérisation des opérations, transition environnementale, connexions avec les réseaux de transport et meilleure prise en compte des acteurs du secteur sont autant de questions qui concernent directement la modernisation du port de Conakry. Cette participation témoigne d’une ouverture vers les expériences et les débats internationaux.

Un bilan encore à documenter

Depuis sa nomination en mars 2026, plusieurs jalons permettent de suivre l’évolution du Port autonome de Conakry. La levée de la congestion annoncée en avril, le lancement du chantier du quai 14, la certification ISO 9001 version 2015 annoncée en août et la participation au forum Canada–Afrique en octobre témoignent d’une dynamique de modernisation. L’évolution des volumes traités, la réduction des délais, l’avancement du quai 14 et les prochaines évaluations internationales permettront de mieux mesurer la transformation engagée.

Aly Koïta, une trajectoire à convertir en résultats

Aly Koïta arrive à la tête du Port autonome de Conakry avec une expérience acquise dans plusieurs services de l’institution, notamment en matière de sûreté, de sécurité et de coopération. Sa nomination par Mamadi Doumbouya consacre cette trajectoire interne et lui confie la responsabilité d’un outil essentiel à l’économie guinéenne. Les chantiers sont connus. Il faut absorber la croissance du trafic, réduire durablement la congestion, renforcer les capacités d’accueil et améliorer la qualité des opérations. L’ouverture internationale peut également offrir des perspectives, à condition de se traduire par des réalisations concrètes. L’homme connaît les rouages du port. Il lui reste désormais à démontrer qu’il peut en améliorer les performances. À Conakry, le véritable enjeu n’est pas seulement d’accueillir davantage de navires, mais de les servir dans de meilleures conditions, avec moins d’attente et des marchandises acheminées plus rapidement. C’est à cette aune que sera jugé le mandat d’Aly Koïta. Au-delà de la confiance présidentielle et des ambitions affichées, le défi sera de faire de la croissance du port un véritable levier de compétitivité pour la Guinée.

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