Il y a des hommes dont le parcours raconte bien plus que n’importe quel discours. Audrick Mofor est de ceux-là. Il n’aime pas les projecteurs, fuit les démonstrations tapageuses de réussite. Pourtant, depuis mars 2026, ce Camerounais installé au Canada occupe l’un des postes les plus stratégiques d’une municipalité québécoise. Il est directeur général et greffier-trésorier de Saint-Adelme, une petite collectivité de la péninsule gaspésienne. Le titre peut sembler austère. La réalité l’est beaucoup moins. Dans le système municipal québécois, cette double fonction concentre entre les mêmes mains l’administration générale, les finances, la conformité réglementaire et le suivi des décisions du conseil. Au quotidien, Audrick Mofor pilote la machine municipale. Il prépare les séances du conseil, supervise les opérations courantes, élabore et contrôle le budget, conseille les élus, représente la municipalité auprès des citoyens et des partenaires gouvernementaux. Un poste à la croisée de la gouvernance locale, des finances publiques et de la gestion des ressources humaines. Ce n’est pas un titre honorifique, confie-t-il, joint par le Faucon d’Afrique. C’est une responsabilité de chaque instant. Il faut faire fonctionner une administration, assurer la continuité des services, veiller à l’argent public.
Un itinéraire construit hors des sentiers battus
Rien ne prédestinait ce cadre discret à piloter une municipalité nord-américaine. Formé au Cameroun, Audrick Mofor décroche en 2014 un diplôme en gestion des ressources humaines, puis un baccalauréat en management des organisations à l’Université Joseph Ndi Samba en 2015. Deux diplômes qui posent les fondations d’une carrière tournée vers la structuration des organisations. Ses premières armes, il les forge dans le secteur social. De 2015 à 2018, il est directeur financier et gestionnaire au sein de Sourire d’Enfants, une organisation engagée dans l’éducation en zones rurales. Il y supervise la comptabilité, la trésorerie, les procédures administratives et le suivi financier des projets. Mais l’expérience ne se limite pas aux chiffres. Il coordonne aussi des initiatives sociales, des bénévoles et des chantiers de solidarité internationale. C’est là que j’ai compris que la performance organisationnelle n’a de sens que si elle sert les personnes, explique-t-il.
De 2018 à 2020, il prend la direction générale de XIMCOR Group. Il travaille alors sur des programmes de développement en aquaculture offshore et dans l’industrie sidérurgique. Études préliminaires, plans d’affaires, amélioration des procédures internes. Son champ de compétences s’élargit aux projets multisectoriels.
Entre 2020 et 2023, il fonde NRJ Nouvelle, une structure à travers laquelle il pilote des projets industriels d’envergure. Parmi eux, un programme de production de 40 000 tonnes annuelles de soude caustique et de chlore, ainsi qu’une centrale énergétique géothermique destinée à l’électrification des zones rurales. Business plans, études économiques, coordination administrative, relations institutionnelles. Le Camerounais explore les mécanismes de création de valeur et les enjeux de développement.
Le Canada, un nouveau terrain de jeu
En octobre 2023, sa trajectoire prend un tournant nord-américain. Il devient directeur général de Jeunesse Acadienne et Francophone de l’Île-du-Prince-Édouard, à Charlottetown. Jusqu’en mars 2026, il redéfinit la mission et les orientations stratégiques de l’organisme, met en place de nouveaux services pour la jeunesse francophone et renforce les partenariats avec les institutions locales et nationales. Cette étape agit comme un trait d’union. Elle mobilise à la fois ses compétences de gestionnaire, son aptitude à travailler avec les institutions et son engagement communautaire. En mars 2026, il rejoint Saint-Adelme. D’une organisation communautaire à une administration municipale, le fil conducteur reste le même. Organiser, structurer, coordonner, faire avancer, résume-t-il.
L’engagement, boussole d’une vie
Au-delà de ses fonctions rémunérées, Audrick Mofor cultive une dimension moins visible. L’engagement bénévole. Administrateur au conseil d’administration de Village des Sources et du Réseau Santé à l’Île-du-Prince-Édouard, il a également fondé et encadré bénévolement Sourire d’Enfants. Il est aussi père éducateur au Foyer de l’Espérance, auprès des enfants de la rue, et participe à des chantiers internationaux de solidarité. La réussite ne se mesure pas seulement à l’ascension hiérarchique, glisse-t-il. Elle se mesure aussi à ce qu’on transmet et à ce qu’on apporte aux autres.
Le Cameroun de demain aura besoin de ces compétences
Le parcours d’Audrick Mofor pose une question qui dépasse sa personne. Que pourrait apporter au Cameroun une génération de cadres formés et opérationnels dans des environnements institutionnels internationaux ? Dans un pays confronté à des défis de gouvernance locale, de développement économique et de modernisation administrative, les compétences en management, en planification stratégique et en finances publiques représentent des ressources précieuses. L’expérience acquise dans une municipalité canadienne, qu’il s’agisse de préparation budgétaire, de conformité administrative, de gestion des services ou d’accompagnement des élus, constitue un savoir-faire susceptible d’alimenter les réflexions sur la décentralisation et la modernisation des collectivités territoriales camerounaises. Il ne s’agit pas d’idéaliser l’expérience étrangère ni de croire que les modèles canadiens sont transposables mécaniquement, plaide-t-il. Mais le transfert de compétences, la circulation des expertises et la mise en commun des expériences ont une valeur réelle.
À l’heure où la réussite se mesure souvent à l’aune de la visibilité médiatique, Audrick Mofor incarne une autre trajectoire. Celle d’un homme qui construit patiemment son expertise, assume des responsabilités importantes et reste fidèle à une forme de sobriété. Un Camerounais de la diaspora qui, depuis le Québec, fait tourner une municipalité et rappelle que les grandes transformations commencent parfois par le travail patient de ceux qui, dans l’ombre, apprennent à faire fonctionner les choses.



