Alors que le pays retient son souffle dans l’attente d’une élection présidentielle déjà marquée par la controversée disqualification du Professeur Maurice Kamto, le témoignage poignant recueilli par nos soins lève le voile sur la répression qui s’abat sur les voix dissidentes. C’est sa mère, Maman Makengne Martine, qui a rapporté au Faucon d’Afrique le calvaire de son fils, Hubert Fosso. Son récit est un chemin de croix moderne, une preuve glaçante de l’état des libertés fondamentales au Cameroun.
De la chanson patriotique à l’enfer terrestre : le début des cauchemars
Tout a commencé par un acte pacifique. Comme d’autres, Hubert Fosso et ses camarades ont exprimé leur désaccord face à l’exclusion du candidat Kamto en entonnant des chants patriotiques. Une manifestation silencieuse, sans violence. La réponse des autorités a été d’une brutalité militaire. En quelques minutes, une escouade lourdement armée les a encerclés, frappés, et embarqués de force. « Une brutalité indescriptible », rapporte sa mère, encore sous le choc des événements qui lui ont été décrits.
Direction un lieu souterrain, une cellule improvisée, sombre et insalubre. C’est là que le prétexte de la « sécurité nationale » a basculé dans l’absurde. La découverte fortuite d’une carte bancaire et d’un titre de transport canadien dans ses effets personnels a suffi à transformer Hubert Fosso aux yeux de ses geôliers en un dangereux « membre de la Brigade Anti-Sardinards (BAS) », une étiquette infamante et sans preuve.
Trois jours de torture : la famille face au mur du déni
Pendant 72 heures, Hubert Fosso a été soumis à un traitement inhumain. « Battu à répétition, insulté pour ses opinions et son ethnie, privé de sommeil, menacé de mort », énumère Maman Makengne Martine, la voix nouée d’angoisse. Les tortionnaires lui auraient asséné que « les opposants comme lui n’ont pas leur place au Cameroun ». Pendant ce calvaire, à l’extérieur, sa famille se heurtait au mur du déni. Sa mère et son cousin, M. Mba Takem Romaric, se sont vus refuser tout accès, les agents niant même sa détention. « Ils nous traitaient comme si nous inventions son existence. C’était une torture psychologique », confie-t-elle au Faucon d’Afrique, décrivant une stratégie de disparition forcée temporaire visant à semer la terreur et l’impuissance.
Une libération rocambolesque et une fuite semée d’embûches
Sa libération, intervenue de nuit grâce à un avocat. Revêtu de haillons, il est jeté dans un taxi avec pour seule consigne : fuir Yaoundé pour Douala, et vite. Mais la chasse à l’homme ne faisait que commencer. Deux jours plus tard, les gendarmes frappaient à sa porte à Douala. La traque était relancée.
Refugié dans son village natal de Bansoa, Hubert Fosso a cru trouver un havre de paix. Erreur tragique. La famille d’un co-détenu, toujours porté disparu, l’a accusé à tort de cacher la vérité sur son sort. Lynché et sauvé in extremis par des voisins, il a vu sa maison réduite en cendres sous les flammes de la colère et de la désinformation. L’État, par son action brutale et son opacité, avait semé les germes d’une violence fratricide.
Une vie en lambeaux : l’appel d’une mère et les questions qui brûlent
Aujourd’hui, Hubert Fosso est un homme brisé, en fuite perpétuelle, traqué à la fois par les forces de l’ordre et par la méfiance que ses malheurs ont engendrée. « Mon avocat lui a conseillé de quitter le pays. Sa vie n’a plus de prix ici », confie, résignée, Maman Makengne Martine au Faucon d’Afrique. Son seul espoir réside désormais dans une demande de protection internationale. Le récit rapporté par sa mère pose des questions brûlantes au régime de Yaoundé. Où est passé le co-détenu disparu d’Hubert Fosso ? Combien d’autres « Hubert » croupissent dans l’ombre pour le crime d’avoir chanté ? Jusqu’où ira la machine à broyer ceux qui pensent différemment, surtout en période électorale ?
L’exclusion de Maurice Kamto du scrutin n’est pas qu’une question juridique. C’est le déclencheur d’une répression systémique qui, des tribunaux aux caves de torture, piétine la dignité humaine. L’histoire d’Hubert Fosso, portée par la détresse d’une mère jusqu’à notre rédaction, en est la preuve vivante et un terrible avertissement sur le prix de la dissidence dans un Cameroun où la démocratie semble chaque jour plus lointaine.



