La tension politique au Cameroun est entrée dans une phase nouvelle et critique, ce dimanche 9 novembre 2025. Par une publication sur sa page Facebook, abondamment relayée par ses partisans, Issa Tchiroma Bakary, le candidat arrivé deuxième selon les résultats officiels de l’élection présidentielle, a haussé le ton d’un cran, adoptant une rhétorique grave et menaçante. Cette sortie intervient dans un contexte déjà volatile, quelques jours seulement après la prestation de serment de Paul Biya, officiellement réélu pour un huitième mandat consécutif.
Dans sa vidéo, l’opposant, qui avait déjà appelé ces dernières semaines à des manifestations et à des journées « villes mortes » pour dénoncer une « fraude électorale massive« , a une nouvelle fois revendiqué sa victoire. Mais cette fois, il a fixé un délai. Donnant 48 heures aux autorités de Yaoundé, il exige la libération sans conditions de « tous les détenus arrêtés depuis le début de la crise postélectorale« , et ce, avant « demain soir« .
Un discours à la radicalité inédite
Le ton employé par l’ancien ministre, originaire de la région du Nord, marque une escalade significative. Il a fustigé ce qu’il a qualifié de « gangstérisme d’État« , une situation qu’il juge « inacceptable » alors que « des dizaines, des centaines, des milliers de Camerounais sont, selon ses mots, arrêtés, persécutés et incarcérés« . La menace sous-jacente a été clairement formulée : si sa demande n’est pas satisfaite, « le peuple se retrouvera en situation de légitime défense« . Une formulation perçue par beaucoup comme un appel implicite à une résistance plus active, voire violente, contre le pouvoir.
Avec cette déclaration, Issa Tchiroma Bakary tente manifestement d’ouvrir une nouvelle séquence dans sa confrontation avec le régime en place. La question qui obsède désormais les observateurs politiques est : jusqu’où ira l’ancien ministre ? Aura-t-il gain de cause dans sa revendication, face à un pouvoir réputé inflexible ?
Le pouvoir camerounais reste de marbre
En réponse à cette provocation, la réaction du parti au pouvoir, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), a été immédiate et sans concession. Un membre influent du Comité central du parti, également chargé de mission à la Présidence de la république, a répondu. Il a justifié les arrestations en les situant « dans le cadre du maintien de l’ordre face à des actes, dit-il, de destruction et de pillage« . Un rappel à la loi qui contraste fortement avec le discours de l’opposant et qui laisse peu d’espoir de voir les autorités céder à l’ultimatum. Cette crise, dont l’issue reste incertaine, a déjà un lourd bilan humain. À ce jour, il n’existe pas de chiffres officiels sur le nombre de personnes arrêtées. Cependant, certains acteurs de la société civile avancent le chiffre d’environ 2000 arrestations sur l’ensemble du territoire national, ainsi qu’au moins une trentaine de morts.
Des répercussions régionales
L’instabilité politique au Cameroun, plaque tournante économique de la sous-région, commence également à avoir des répercussions sensibles sur ses voisins, notamment la République centrafricaine (RCA) et le Tchad. Ces pays, qui dépendent en grande partie des ports et axes routiers camerounais pour leur approvisionnement, pourraient voir leur économie affectée si la crise venait à perturber durablement les flux logistiques. Alors que de nombreux challengers de Paul Biya avant Issa Tchiroma Bakary ont tenté, en des circonstances similaires, de défier le régime en place sans succès, tous les regards sont désormais braqués sur le candidat déclaré officiellement deuxième. Quelle force réelle et quelle stratégie dispose-t-il pour faire plier, voire tomber, un système qui dure depuis plus de quatre décennies ? L’ultimatum de 48 heures lance un défi direct. Son expiration, demain soir, risque de marquer un tournant décisif, et peut-être sanglant, dans cette crise politique camerounaise.



