C’est un partenariat qui ne passera pas inaperçu dans l’écosystème médiatique africain. Le 11 mars 2026, Le Faucon d’Afrique, média numérique privé basé au Cameroun, a officialisé un accord de coopération avec CCTV News Content Co., Ltd. (CCTV+), la filiale commerciale du groupe audiovisuel public chinois. Derrière la technicité juridique du document de 18 pages se dessine une ambition géopolitique claire : positionner les récits médiatiques chinois au cœur des dispositifs informationnels africains, tout en offrant aux médias locaux une vitrine internationale.
Une bataille planétaire pour la maîtrise du récit
Dans un monde où l’information est devenue une arme stratégique aussi redoutable que les missiles ou les sanctions économiques, ce partenariat s’inscrit dans une recomposition profonde des équilibres géopolitiques. Alors que les anciennes puissances coloniales peinent à maintenir leur emprise médiatique sur le continent, que les chaînes qataries et russes ont déjà conquis des parts de marché substantielles, la Chine accélère sa stratégie de soft power informationnel. L’enjeu ? La maîtrise du récit sur l’Afrique, mais aussi la capacité à faire circuler une vision du monde alternative à celle des grands médias occidentaux. Pékin, qui a déjà tissé sa toile économique à travers les routes de la soie et les mégaprojets d’infrastructure, bâtit désormais méthodiquement son réseau d’influence médiatique. L’Africa Link Union (ALU), dont les statuts sont annexés à l’accord, incarne parfaitement cette stratégie : « raconter l’histoire de l’Afrique au monde entier », mais avec un prisme résolument sinocentré.
CCTV, un rouleau compresseur informationnel aux ambitions planétaires
CCTV n’est pas un acteur médiatique ordinaire. C’est la voix officielle de la deuxième puissance économique mondiale, un mastodonte bénéficiant de moyens financiers quasi illimités et d’un soutien étatique sans faille. Sa branche commerciale, CCTV+, ne se contente pas de produire de l’information : elle structure des réseaux, fédère des partenaires, et impose progressivement ses standards éditoriaux à des centaines de médias à travers le monde. En Afrique, sa stratégie est double. D’une part, elle propose un accès gratuit à ses contenus programmes « Today » et « Biztoday », signaux en direct, flux d’actualité ce qui représente une manne providentielle pour des médias locaux souvent confrontés à des contraintes budgétaires sévères. D’autre part, elle intègre ses partenaires africains dans des mécanismes de coopération Sud-Sud – le « Mécanisme de Partenaires Médiatiques du Sud Global » qui offrent une légitimité internationale et des perspectives de formation et d’échanges.
Le Faucon d’Afrique, un pivot stratégique en Afrique centrale
Pourquoi Le Faucon d’Afrique ? Ce média numérique camerounais, officiellement déclaré sous le régime de la loi de 1990 sur la liberté de communication sociale, représente un relais de choix pour Pékin. Implanté dans l’Ouest-Cameroun, région dynamique économiquement et politiquement sensible, il dispose d’une audience réelle sur le terrain et d’une présence numérique significative (site web, Facebook, X, YouTube).
En signant cet accord, Le Faucon d’Afrique obtient plusieurs avantages considérables : Un accès gratuit aux flux d’actualité de CCTV, ce qui lui permet d’enrichir son offre éditoriale sans alourdir sa structure de coûts, Une réduction de 30 % sur les archives et services de production sur mesure, Une intégration dans les réseaux de distribution mondiaux de CCTV (partenariats avec AP et Reuters), Une visibilité internationale pour ses propres productions, qui seront diffusées via les canaux du géant chinois. En contrepartie, le média camerounais s’engage à respecter scrupuleusement l’intégrité éditoriale des contenus fournis, à ne pas les utiliser au-delà des délais contractuels (90 jours pour la télévision, 10 ans pour le numérique), et à partager ses propres productions avec l’ensemble du réseau ALU.
Un tournant pour le paysage médiatique camerounais ?
Au Cameroun, où le pluralisme médiatique coexiste avec des pressions économiques et politiques constantes, ce type de partenariat ouvre des perspectives nouvelles. Il permet à des médias privés d’accéder à des ressources qu’ils ne pourraient financer seuls, tout en leur offrant une tribune internationale. Pour l’heure, Le Faucon d’Afrique a choisi d’ouvrir ses ailes aux vents chinois. Dans la tempête informationnelle qui secoue la planète, c’est peut-être une manière de trouver des courants porteurs. Mais c’est aussi accepter de voler en formation, et d’adapter son propre vol à celui du partenaire dominant.



