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 « Où est la rupture ? » : À Paris, Diomaye Faye enterre les promesses du Pastef

À l’ombre des ors de l’Élysée, là où se jouent depuis des décennies les destins entrelacés de la France et de l’Afrique, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a pris place à la table du petit-déjeuner, le mercredi 27 août. Face à lui, Emmanuel Macron, l’interlocuteur tant décrié hier encore dans le discours de rupture porté par le Pastef. Sourires protocolaires, poignées de main complices et annonces de coopération renforcée : le tableau était parfait. Trop parfait. Car derrière cette mise en scène d’une nouvelle ère, c’est l’amère saveur du reniement qui domine, déclenchant sur les réseaux sociaux une tempête de colère et de désillusion. Entre realpolitik et trahison des idéaux, la visite de celui qui devait incarner la rupture radicale sonne comme un vibrant renoncement.
Les présidents Faye et Macron
Les présidents Faye et Macron

Sous un ciel parisien clément, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a été accueilli le mercredi 27 août 2025 avec les honneurs au perron du palais de l’Élysée par Emmanuel Macron. Sourires, poignées de main chaleureuses et déclarations consensuelles sur X (anciennement Twitter) ont rythmé cette visite de deux jours, présentée comme la pose des bases d’un « nouveau partenariat ». Un spectacle qui, pour des millions de Sénégalais ayant cru en la promesse d’une rupture radicale avec l’ancienne puissance coloniale, a sonné comme une amère trahison.

L’image est forte, trop forte. Celle du leader du Pastef, élu sur un discours souverainiste et anti-système, partageant un « petit-déjeuner de travail » avec celui qui incarnait, il y a encore quelques mois, « le Diable » dans la rhétorique de son camp. « Hier Macron était le Diable et aujourd’hui il est devenu fréquentable. Sacré Diamaye/Sonko ! », ironise avec amertume Saikou Barry sur les réseaux sociaux, résumant le sentiment de désillusion qui submerge la jeunesse sénégalaise.

Le Contraste des Actes et des Mots

L’agenda de la visite est, en soi, un reniement programmé. Questions économiques, mémorielles, sécurité, préparation du sommet Afrique-France de 2026… Le communiqué du président Macron égrène une liste de coopérations classiques, qui auraient pu être signées par n’importe lequel des prédécesseurs de M. Faye. Pire, le président sénégalais a rencontré un aréopage d’entrepreneurs français, les invitant à « investir massivement » au Sénégal et en Afrique de l’Ouest. Une démarche qui sonne comme un vibrant appel aux capitaux de l’ancienne métropole, lui que ses supporters voyaient en rempart contre la Françafrique.

La revue des programmes de coopération et le séminaire intergouvernemental à venir, évoqués par Diomaye Faye, sont perçus comme la preuve que le système ancien, fait de dépendance et d’influence, se perpétue sous une nouvelle étiquette. Où est passée la rupture tant promise ? Où est l’audace ?

La Colère Numérique : « Vous auriez dû rester au Sénégal ! »

La réaction sur les réseaux sociaux, principal caisse de résonance de l’électorat de Faye, a été immédiate, violente et désenchantée. La fracture entre le peuple et son président n’a jamais semblé aussi grande.

« Vous auriez dû rester au Sénégal pour le petit déjeuner ! Vous rêvez si vous pensez que la France va coopérer avec votre pays dans les domaines que vous venez de citer. Franchement, je pleure pour notre Afrique ! » tonne un jeune Sénégalais sous la publication présidentielle. Un cri du cœur qui en dit long sur le sentiment d’abandon.

Le nomadisme présidentiel est aussi pointé du doigt. « Président, je vous demande respectueusement de contrôler vos déplacements. Vous êtes Président du Sénégal mais vous êtes plus présent ailleurs qu’au Sénégal. Même le secrétaire général de l’ONU n’est pas aussi nomade que vous. La France surendettée ne peut rien pour le Sénégal », interpelle Souleymane Nabaloum, questionnant l’utilité réelle de ces voyages coûteux.

Et la question qui fâche, le symbole absolu de la souveraineté monétaire promise, revient comme un boomerang : « Le Pastef militait pour mettre fin au FCFA une fois au pouvoir. Où en êtes-vous ? » demande un autre internaute. Un silence assourdissant entoure cette promesse phare, ensevelie sous les mémorandums d’entente et les déclarations diplomatiques.

Le Prix de la Realpolitik ?

Cette visite est sans doute la première grande leçon de realpolitik pour le président Faye. Gouverner, c’est choisir, et parfois composer avec les réalités géostratégiques et économiques. L’argument de la nécessaire « continuité dans le renouvellement », avancé par l’Élysée, pourrait être sa défense. La France reste un partenaire économique et sécuritaire majeur, et brûler tous les ponts serait suicidaire.

Mais pour ses électeurs, qui réclamaient non pas un aménagement mais une révolution des rapports avec l’ancienne puissance coloniale, la déception est profonde. Ils y voient moins la pragmatique d’un homme d’État que la capitulation d’un révolutionnaire devenu courtisan des mêmes cercles qu’il dénonçait.

Le petit-déjeuner de l’Élysée restera-t-il dans l’histoire comme le moment où Diomaye Faye a troqué l’idéal de rupture contre les accommodements du pouvoir ? La nouvelle relation franco-sénégalaise se construit-elle sur les cendres des promesses de campagne ? Le président est attendu au tournant, non pas à Paris, mais à Dakar, où une jeunesse impatiente et désillusionnée exige des comptes bien plus concrets que des communiqués lissés sur les réseaux sociaux. Le véritable test de cette diplomatie ne se jouera pas dans les salons dorés de l’Élysée, mais dans la rue sénégalaise.

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